À 24 ans, Alinah Kazingufu a choisi de ne pas attendre un emploi de bureau pour exister. Diplômée d’État en Techniques Sociales, cette jeune femme du quartier Bugamba 2, dans la commune de Karisimbi à Goma, s’est imposée dans un secteur souvent sous-estimé : la vente de crédits de communication. Entre mégas, minutes et SMS, elle ne vend pas seulement des services, elle tisse du lien social dans une ville marquée par les défis économiques et le chômage des jeunes.
Chaque matin, sous le soleil naissant de Karisimbi, Alinah installe son petit stand au bord de la route. Avant même de démarrer ses téléphones, elle marque une pause, ferme les yeux et prie. Un rituel discret, mais essentiel. Puis, elle se met à l’œuvre, accueillant les premiers clients avec attention. Dans le brouhaha de Goma, son point de vente devient un carrefour humain, un lieu où l’on vient acheter de la connexion… mais aussi un peu d’écoute.
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Originaire d’un milieu modeste, Alinah n’a jamais considéré ses études en Techniques Sociales comme un simple diplôme. Pour elle, c’était une manière de comprendre les réalités humaines. Ce choix, loin d’être théorique, trouve aujourd’hui tout son sens dans son activité quotidienne.
« Ma formation en sociale m’aide aujourd’hui à mieux comprendre toutes les catégories de mes clients. Mon tout premier souvenir de vente ? Un giga à 3000 FC », raconte-t-elle, sourire aux lèvres.
Mais derrière cette stabilité apparente, le chemin a été rude. Issue d’une famille aux moyens limités, elle n’a pas eu le luxe d’attendre une opportunité. Une phrase, lue quelque part, a marqué un tournant décisif dans sa vie.
« J’avais lu que le bonheur ne vient pas à ceux qui l’attendent assis. Cela m’a beaucoup touchée ».
Sans capital, elle se tourne vers une amie qui accepte de lui prêter une petite somme. Avec cela, elle lance son activité avec deux réseaux : Airtel et Orange. Progressivement, elle élargit son champ d’action à Africell et Vodacom. Elle construit tout, seule : du parasol à la chaise, en passant par les cartes SIM et le fonds de commerce.
Aujourd’hui, Alinah gère son activité avec rigueur dans un environnement pourtant exigeant. Les coupures de réseau, les erreurs techniques, les clients impatients… chaque journée est un défi. Et en cas d’erreur de numéro, elle assume seule les pertes. Pour elle, la satisfaction du client est une règle non négociable.
« On pense que c’est facile quand on ne l’a pas vécu. Pour réussir ici, il faut être patiente, courageuse et économe. Les défaites de la vie conduisent aux grandes victoires », affirme-t-elle avec conviction.
Mais au-delà des difficultés techniques, c’est le regard des autres qui pèse parfois le plus lourd. Dans une société où certains métiers sont dévalorisés, Alinah a dû faire face au mépris et aux jugements.
« On m’a déjà dit : “comment une belle fille comme toi peut faire ce commerce ?”. Certains se moquent, mais je reste calme. Je ne suis pas là pour impressionner. J’aime mon travail et j’en suis fière ».
Sa détermination inspire aujourd’hui son entourage. Sa famille, ses collègues et même certains clients voient en elle un modèle de résilience et de dignité. Elle incarne une jeunesse qui refuse la fatalité et qui transforme chaque opportunité en levier.
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Pour Alinah, rester assise en attendant un emploi est une erreur. Elle encourage d’autres jeunes, surtout les filles, à oser entreprendre : « Qu’elles n’attendent pas. Qu’elles essaient ».
Elle considère son activité non comme une finalité, mais comme une étape. Une école de la vie qui renforce ses compétences sociales et économiques.
Son ambition est claire : grandir dans le commerce et se hisser parmi les grandes figures économiques de Goma. En attendant, elle continue de jouer un rôle essentiel dans le quotidien des habitants.
« Mon travail, c’est comme une antenne qui émet les gens », résume-t-elle avec une image forte.
Et pour tenir debout face aux tempêtes (économiques comme sociales) elle s’accroche à une conviction simple, presque brutale : « La honte, c’est quand il y a quelqu’un derrière toi qui peut intervenir et que tu ne fais rien ».
À Goma, Alinah Kazingufu avance, seule mais déterminée, portée par une certitude : sa dignité n’est pas négociable.
La Prunelle RDC asbl s’engage à défendre les droits des femmes, des jeunes et des minorités en mettant en œuvre des programmes innovants et durables pour garantir leur participation active dans les processus de prise de décisions, la promotion de leur autonomisation et leur émancipation.
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