À Goma, dans le quartier Mugunga, Rusi Benimana Célestine s’impose comme une figure montante des métiers techniques. Étudiante en troisième année à l’ISTA Goma et enseignante en électricité, elle brise les barrières de genre dans un domaine encore largement masculin. Partie de presque rien, elle finance aujourd’hui seule ses études et inspire une nouvelle génération de jeunes filles. Son ambition dépasse son parcours personnel : elle milite pour la création d’un centre de formation dédié aux femmes dans les métiers techniques.
Sur un toit de Goma, multimètre en main, Célestine vérifie une installation électrique sous un soleil brûlant. Concentrée, elle ajuste un câble, indifférente aux regards sceptiques qui l’entourent. Pour elle, seule compte la précision du geste. Quelques heures plus tard, elle sera en classe, transmettant ce même savoir à ses élèves.
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Depuis son enfance, Célestine nourrit une fascination pour l’électricité. Entre piles de radio et batteries de torche, elle découvre très tôt un univers qui deviendra sa vocation. Mais lorsqu’arrive le moment de choisir son orientation au secondaire, son entourage s’y oppose fermement. « Ce n’est pas pour les femmes, fais la nutrition », lui répète-t-on.
Contre l’avis de ses parents et amis, elle s’inscrit en électricité. Sans matériel, sans encadrement et sans soutien financier, elle avance seule. « Je me débrouillais, j’ai forcé », raconte-t-elle. C’est en sixième année, grâce à ses premiers petits travaux d’installation ( les “cops” ) qu’elle commence à générer des revenus et à convaincre progressivement sa famille.

Le chemin est semé d’embûches. Le manque de moyens financiers la contraint à lutter quotidiennement pour payer ses études et subvenir à ses besoins. À cela s’ajoute le poids des stéréotypes.
Dans la rue comme dans son entourage, elle est jugée : une femme électricienne, dit-on, ne trouvera pas de mari.
Mais Célestine tient bon. « Une femme doit trouver un mari selon son comportement, pas selon son domaine », rétorque-t-elle avec lucidité. Elle refuse de se laisser définir par des normes sociales qu’elle juge limitantes.
Aujourd’hui, Célestine mène de front plusieurs activités. Enseignante en électricité dans une école secondaire, elle encadre notamment cinq filles qu’elle encourage à persévérer dans ce domaine. Sa pédagogie est pratique : elle emmène ses élèves sur des chantiers pour confronter la théorie à la réalité.
Parallèlement, elle poursuit ses études universitaires en L3 à l’ISTA Goma, tout en finançant entièrement son parcours grâce à ses revenus. Entre les cours, les chantiers d’installation électrique et un petit commerce de robes pour fillettes, elle assure son autonomie financière.
Ses réalisations parlent pour elle : elle a déjà électrifié deux maisons complètes, de la dalle aux appareillages.
Pour Célestine, la réussite individuelle n’est qu’un début. Son combat est collectif.
« Il est crucial que plus de femmes s’approprient les métiers techniques pour être indépendantes et ne plus être coincées à demander de l’argent aux hommes », affirme-t-elle.
Elle forme déjà, à domicile, des jeunes filles qui la contactent via Facebook et WhatsApp, souvent freinées par des parents conservateurs. « On fait de la pratique et des schémas », explique-t-elle, déterminée à transmettre.
Dans son école comme dans sa communauté, Célestine est perçue comme un modèle. Sa présence dans un domaine masculin inspire respect et curiosité. Pour ses élèves, elle incarne une preuve vivante que les barrières peuvent être franchies.
Son influence dépasse les murs de la classe : elle devient une référence pour de nombreuses jeunes filles de la région qui cherchent à s’émanciper.
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Son ambition est claire : créer un centre de formation dédié aux femmes dans les métiers techniques. Un espace où celles qui n’ont pas eu la force ou l’opportunité de résister comme elle pourront apprendre, se former et devenir indépendantes.
Elle lance un appel aux autorités et aux personnes de bonne volonté pour soutenir ce projet qu’elle considère comme essentiel pour l’avenir des femmes en République démocratique du Congo.
Debout sur les toits ou face à ses élèves, Célestine trace son chemin avec une conviction inébranlable. Son message résonne comme une promesse pour toute une génération :
« Si tu es une fille, tu es capable de faire tout ce que les hommes font. Il faut avoir confiance en soi et être courageuse. »
La Prunelle RDC asbl s’engage à défendre les droits des femmes, des jeunes et des minorités en mettant en œuvre des programmes innovants et durables pour garantir leur participation active dans les processus de prise de décisions, la promotion de leur autonomisation et leur émancipation.
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