Makito Wangachumu Vanessa

Bukavu : Makito Wangachumu Vanessa, la coiffeuse qui casse les codes de la coiffure masculine

À seulement 22 ans, Makito Wangachumu Vanessa s’impose dans un univers encore largement dominé par les hommes : la coiffure masculine. Installée à Texas, au quartier Nkafu dans la commune de Kadutu à Bukavu, elle a choisi de tracer sa propre voie, loin des standards habituels assignés aux femmes dans ce métier. Entre passion, résilience et détermination, elle incarne une nouvelle génération de jeunes filles qui osent défier les préjugés sociaux. Son parcours inspire et interroge les normes dans une ville où les mentalités évoluent lentement.

Dans un salon de coiffure animé de Bukavu, les tondeuses vibrent, les miroirs captent les gestes précis et assurés d’une jeune femme concentrée. Devant elle, un client observe, visiblement satisfait, la transformation progressive de sa coupe et de sa barbe. D’un geste sûr, Vanessa ajuste les contours, peaufinant chaque détail. Ici, elle n’est pas une exception tolérée : elle est une référence.

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Née dans une famille de plus de dix enfants, Vanessa est la seule à avoir embrassé le métier de la coiffure. Très tôt, alors qu’elle n’était encore qu’une enfant, elle développe une fascination pour cet art. Dans son quartier, elle passe du temps à observer et à assister les coiffeurs, nourrissant en silence une ambition naissante.

C’est chez sa grand-mère à Nyamugo que sa passion prend véritablement forme. Elle y passe des journées entières dans les salons, absorbant les gestes, les techniques et l’ambiance du métier. Mais c’est en 6ème des humanités qu’un déclic s’opère : consciente des difficultés d’accès à l’emploi, elle décide de se lancer sérieusement.

« Je me disais que j’allais terminer les études sans trouver du boulot. C’est à ce moment-là que j’ai débuté sérieusement ma formation en coiffure homme à APVDSO », confie-t-elle.

Le chemin n’a pas été sans embûches. Entre 2021 et 2022, Vanessa fait face à des clients exigeants, parfois porteurs de modèles de coiffures complexes qu’elle ne maîtrisait pas encore parfaitement. Les critiques la touchent profondément.

« Quand un client disait que j’avais commis des erreurs sur sa tête, j’avais mal au cœur. Mais je me disais que je serai au top un jour », raconte-t-elle.

Dans ces moments de doute, le soutien de son formateur joue un rôle clé. Il l’encourage à persévérer, à ne pas abandonner malgré les difficultés.

Makito Wangachumu Vanessa

Aujourd’hui, forte de plus de cinq ans d’expérience, Vanessa s’est imposée grâce à la rigueur, la discipline et la persévérance. Elle coiffe exclusivement des hommes, un choix assumé qui la distingue dans son environnement professionnel.

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Pour elle, la coiffure n’est pas seulement un métier, mais une véritable source de dignité et d’autonomie.

« C’est un travail que je respecte beaucoup. Il me permet de répondre à mes besoins, de ne pas manquer l’essentiel, de m’habiller ou encore de participer à des événements comme les mariages », explique-t-elle.

Derrière les gestes techniques, Vanessa porte une vision claire : celle de redéfinir les limites imposées aux femmes.

« Les gens pensent que la coiffure pour hommes est réservée aux hommes. Mais c’est faux, moi je l’exerce », affirme-t-elle avec conviction.

Elle encourage d’ailleurs les jeunes filles à se lancer sans hésiter dans ce métier, qu’elle considère comme une opportunité d’apprentissage et d’ouverture sociale.

Le talent de Vanessa ne laisse pas indifférent. Ses clients témoignent de leur satisfaction et reconnaissent son professionnalisme.

« Elle est ma coiffeuse préférée. Regardez comment elle m’a coiffé… même ma barbe est au top, elle dépasse certains hommes », témoigne, sous anonymat, l’un de ses fidèles clients.

Dans une ville où les mentalités restent encore marquées par des stéréotypes de genre, elle devient progressivement un modèle pour d’autres jeunes.

Malgré son parcours déjà remarquable, Vanessa voit plus loin. Elle rêve de créer son propre centre de formation pour femmes et jeunes filles à Bukavu. Son ambition : transmettre son savoir et briser les barrières sociales.

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Cependant, elle reste lucide face aux résistances.

« Beaucoup de filles pensent que ce métier n’est pas pour elles. Elles ne savent pas ce qu’elles veulent. Mais moi, je ne suis pas déçue », dit-elle.

Dans le bourdonnement des tondeuses et les reflets des miroirs, Makito Wangachumu Vanessa ne se contente pas de coiffer : elle redessine les contours du possible pour toute une génération de jeunes filles, prouvant qu’aucun métier ne devrait être limité par le genre.

Séraphin Mapenzi



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