À Goma, dans le quartier Bujovu, Neema Mugula Nathalie incarne une génération de femmes qui refusent de choisir entre savoir et savoir-faire. Diplômée en pédagogie générale et répétitrice à domicile, elle conjugue l’enseignement et l’art de la coiffure avec une même passion : valoriser l’être humain. Dans un contexte marqué par l’instabilité sécuritaire, son engagement devient un acte de résilience et d’espoir pour les jeunes.
Une scène entre peigne et tableau
Un peigne à la main, concentrée sur une mèche qu’elle transforme avec précision, Nathalie esquisse des gestes sûrs. Autour d’elle, le calme rappelle celui d’une salle de classe plongée dans une leçon de grammaire.
« Je préférerais une photo où je tiens le peigne, parce que tresser est un art, et un art mérite d’être montré », affirme-t-elle avec assurance.
Chez elle, le silence de l’apprentissage et la minutie du geste se répondent. Enseigner ou tresser, peu importe : l’essentiel est d’embellir.
Une vocation née dès l’enfance
Pour Nathalie, l’enseignement n’est pas un hasard, mais une évidence. Très jeune déjà, dans les jeux de quartier, elle endossait naturellement le rôle de l’enseignante.
Parallèlement, elle développait une autre passion : la coiffure. Sur ses poupées, elle apprenait à tresser, mèche après mèche, patiemment.
Devenue adulte, elle obtient un diplôme en pédagogie générale, consolidant une vocation qu’elle qualifie elle-même de « vocation de naissance ».
Entre guerre et fragilité des élèves
Mais exercer à Goma n’est pas sans défis. Le contexte sécuritaire pèse lourdement sur son travail, notamment auprès des enfants.
« Les élèves sont un peu traumatisés à cause de la guerre. Cela crée de l’instabilité, de l’incompréhension, de l’oubli et de la peur », confie-t-elle.
À ces difficultés s’ajoutent les jugements sociaux. Certains estiment que son activité de tresseuse ne correspond pas à son statut de diplômée. Mais Nathalie avance, déterminée, loin des préjugés.
Une double mission : enseigner et valoriser
Aujourd’hui, Nathalie exerce comme répétitrice à domicile. Mais son rôle dépasse largement la transmission des connaissances.
« Il faut avoir le sang d’enseignant. On ne doit pas seulement être un transmetteur, mais aussi un ami, un confident, un parent et surtout un guide », explique-t-elle.
Cette approche humaine, elle la transpose aussi dans la coiffure. Chaque cliente devient un espace d’échange, de confiance, parfois même de réconfort.
Pour elle, tresser n’est pas un simple métier : c’est un moment de connexion.
Une vision engagée pour les femmes et les jeunes
Face au chômage et aux attentes vis-à-vis de l’État, Nathalie porte un message fort, notamment à l’endroit des jeunes filles diplômées.
« Chère jeune fille, toi qui attends qu’on t’embauche : tu es une femme forte, tu as du talent. N’attends pas qu’on t’engage pour commencer à vivre. Crée quelque chose. Si tu attends l’État, un jour tu regretteras. »
Sa philosophie repose sur l’action, l’autonomie et la valorisation des talents.
Elle résume son engagement en une conviction simple mais puissante : « Être enseignante, ce n’est pas seulement tenir la craie dans une salle de classe, mais partager son savoir partout et en tout. »
À travers ses activités, Nathalie agit comme un modèle pour de nombreux jeunes. Entre ses élèves qu’elle accompagne et ses clientes qu’elle écoute, elle construit, à sa manière, une communauté plus confiante et plus résiliente.
Son parcours démontre qu’il est possible de redéfinir la réussite, en dehors des schémas classiques.
Un rêve : éduquer autrement
L’ambition de Nathalie est claire : réunir ses deux passions dans un projet à impact social.
Elle rêve de créer à Goma un centre de formation combinant coiffure et alphabétisation, une seconde chance pour celles et ceux exclus du système scolaire.
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Dans cinq ans, elle se voit à la fois éducatrice accomplie et professionnelle reconnue dans l’art de la tresse.
À Bujovu, entre cahiers et mèches de cheveux, Nathalie trace son chemin avec conviction.
Elle avance avec cette idée qui guide chacun de ses gestes : « Les plus petites choses sont souvent les plus importantes. »
La Prunelle RDC asbl s’engage à défendre les droits des femmes, des jeunes et des minorités en mettant en œuvre des programmes innovants et durables pour garantir leur participation active dans les processus de prise de décisions, la promotion de leur autonomisation et leur émancipation.
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