Prisca Sikwaya

Prisca Sikwaya : L’ingénieure qui transforme des perles en audace

À Goma, Prisca Sikwaya mêle technique et art pour redonner ses lettres de noblesse à la maroquinerie artisanale. Ingénieure A2 de formation en aviation civile, elle dirige aujourd’hui «PriscyArt», où chaque sac en perles est une œuvre unique. Entre discipline rigoureuse, résilience face aux défis et engagement social, elle prouve que lentrepreneuriat féminin peut allier précision et impact communautaire.

Le soleil de Goma n’a pas encore inondé son atelier que Prisca Sikwaya commence déjà sa journée. Chaque fil, chaque perle, chaque outil est minutieusement rangé, ajusté et nettoyé. L’atelier respire l’ordre et la symphonie silencieuse de la création.

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«En entrant dans mon atelier, la première chose que je fais, cest vérifier la propreté et ranger mes affaires. Mon travail reflète cet endroit : propre et organisé», confie-t-elle avec ce calme méthodique des techniciens de précision.

Rien ne laissait imaginer qu’une diplômée en aviation civile passerait ses journées à dompter le textile. L’art l’a toujours appelée, dès l’enfance. Sans maître ni cours, elle fabriquait déjà gants et bracelets, guidée par un instinct « lointain et héréditaire ». Sa mère, couturière, a été son premier modèle et sa première inspiration.

Le déclic survient en 2018, lorsqu’elle commence à retoucher des vêtements usés pour se faire la main. Deux ans plus tard, elle se lance dans le perlage. Pour transformer cette intuition en métier, elle suit des formations intensives : deux mois de couture et un mois de perlage, alliant ainsi technique et créativité.

«Jai associé la confection de sacs à ma couture pour attirer lattention de mes clientes. Puisquelles viennent pour des habits, jai pensé quelles ne pourraient que sintéresser à ces accessoires uniques», explique-t-elle.

La perle, matière rare et magnétique, devient son outil de prédilection. Chaque sac est confectionné à la main, sans machine ni automatisme. La patience et l’agilité de ses mains font la valeur unique de chaque création. Une artisane comme elle peut produire jusqu’à quatre sacs par jour, selon la complexité, permettant de créer des ensembles harmonieux où le sac répond à la robe.

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«Un sac en perles apporte de la valeur car il est confectionné uniquement de mes mains. Lacheteur se sent fier de posséder quelque chose dunique», confie-t-elle.

Mais le parcours entrepreneurial à Goma est semé d’embûches. Le manque de financement, la peur de l’échec et la récente crise économique ont mis son courage à l’épreuve.

«À un moment, jai failli tout arrêter. Le loyer était devenu trop cher, le prix des matériaux augmentait et les clients se faisaient rares», avoue-t-elle.

Sa résilience a été plus forte que les obstacles. Le soutien de ses clientes et sa passion pour l’art l’ont poussée à continuer, refusant de laisser mourir son talent. Aujourd’hui, son regard dépasse les murs de son atelier. En formant plusieurs jeunes femmes, elle s’attaque aux racines de la précarité et contribue indirectement à réduire les violences basées sur le genre.

«À travers mes œuvres, je transmets un message dencouragement aux jeunes filles pour quelles se lancent dans des actions concrètes. Cela permettra de diminuer le taux de violences basées sur le genre dans notre communauté», explique-t-elle.

Si ses clientes apprécient ses créations, la reconnaissance qui lui tient le plus à cœur est d’être citée en exemple. Elle rêve désormais d’un espace plus vaste : un grand centre de production et de formation pour exposer ses collections et accueillir ses élèves dans de meilleures conditions.

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«Jaimerais encourager les filles qui hésitent à se lancer. Ne craignez pas dexplorer vos capacités. On devient grand quand on na pas eu peur de commencer petit», conclut-elle.

Entre ciel et terre, Prisca Sikwaya tisse l’avenir à Goma, perle après perle, avec audace, précision et engagement social.

Joseph Aciza



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